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L'abbaye de Fontfroide connaît depuis 1998 son plus grand chantier de restauration monumentale. Il s'agit de la réfection des couvertures en dalles de pierre de l'église abbatiale.
 
 

La restauration des couvertures de l'abbatiale

 
Les toits de l'église abbatiale sont couverts depuis l'origine de dalles de grès local, posées directement sur l'extrados du voûtement en pierre, au moyen d'un remplissage en remblai de blocage et de chaux maigre. Cette manière de construire était très courante dans la région.
 
Il est bien difficile de déterminer l'époque des pierres de la couverture actuelle car la datation du matériau est impossible, mais Viollet-Le-Duc nous rapporte le 15 janvier 1843 à propos des travaux réalisés par Monsieur de Saint-Aubin « (l'Abbaye) [...] se trouve aujourd'hui dans les mains d'un propriétaire éclairé [...] (qui) a déjà fait faire des travaux assez importants pour conserver les portions les plus intéressantes [...]. A ses frais ont été exécutés les travaux suivants : la couverture de l'église presque entièrement refaite à neuf ». Il est toutefois certain que certaines des dalles sont antérieures au XVIIIe siècle et à l'érection du clocher nord, car celui-ci est posé par-dessus.
 
Une restauration avait été menée en 1911 par Gustave Fayet avec l'architecte Nodet. Il s'agissait alors de mettre hors d'eau un bâtiment exsangue. Le choix des toits en dalles de béton avait alors été fait, sans doute par commodité, rapidité et économie, à l'imitation de la pierre de taille. Malheureusement, cette mise en œuvre a été réalisée sans une grande maîtrise technique et la dégradation du béton s'est révélée plus rapide en quinze ans à peine que celle de toutes les autres parties demeurées en pierre.
 
Dès 1990, il apparaît que la mise hors d'eau de l'église est une nécessité fonctionnelle majeure, qui participera également à l'assainissement structurel du monument. Les entrées d'eau les plus importantes étaient liées aux parties en béton et à la porosité des pierres anciennes, mais également à des points de détails comme la jonction entre la chapelle des Morts et le transept sud, l'écoulement des gargouilles, l'altération du débord des corniches et surtout les chéneaux (sortes de grandes gouttières en maçonnerie) encaissés entre les toits.
 
C'est donc une campagne de travaux sans précédent qui a été envisagée afin de refaire l'ensemble des couvertures, soit près de 1 600 m2.
 
Les coûts de la réfection ont été mis en rapport avec la noblesse de l'église, seule unité architecturale de l'abbaye couverte en pierre, et avec la pérennité du matériau. Le choix de la restauration totale en pierre de taille s'est imposé. Le matériau d'origine situé sur le massif de Fontfroide n'étant plus exploitable, la pierre définitivement retenue pour la restauration à l'issue d'essais de laboratoire a été le grès de Coupiac, pour les rampants recevant la pluie, tandis que les corniches protégées, seraient réalisées en grès de récupération débité sur place. Les éléments les plus sollicités (corniches saillantes, frontons, avaloirs de pluviales, gargouilles et chéneaux) ont été habillés de plomb car ils sont peu visibles depuis les abords.
 
Deux opérations ont eu lieu : la première s'est déroulée d'octobre 1998 à décembre 1999. La deuxième démarrée en avril 2000 s'est achevée en mars 2004.
 
Le mode opératoire a consisté à déposer en démolition l'ensemble des pierres anciennes. Certaines d'entre elles, les plus fiables, seront réutilisées pour des réparations ponctuelles, ailleurs dans l'abbaye. C'est le cas pour le comblement des lacunes de dallage dans le cloître notamment.
 
Après mise au point du calepinage (dessin des joints et de la taille des pierres), le débit des blocs a été réalisé en atelier. Une forme de pose “en escalier“ a été réglée au-dessus des voûtes dégagées. Les pierres de couverture sont venues prendre place avec un léger recouvrement. Puis, un mortier soigneusement dosé a été coulé dans les joints. De cette opération très délicate dépend l'étanchéité de la couverture. Le mortier à la chaux naturelle doit en effet réaliser sa prise sur plusieurs semaines sans être soumis aux intempéries. Pour cette raison, et aussi pour des commodités de continuité de chantier, les travaux ont été placés sous un vaste parapluie de tôle pendant la durée des opérations.
 
Aujourd'hui, un tiers de l'objectif fixé a été atteint, les couvertures terminées sont le chevet, l'absidiole nord, la chapelle des Morts, le croisillon sud du transept et le bas-côté sud. Les travaux vont bientôt se poursuivre sur les chapelles sud puis sur l'absidiole sud et le transept nord pour se terminer par la nef et la salle du Trésor.
 
Il n'échappera à personne et surtout pas aux promeneurs amoureux de Fontfroide que l'aspect des toits de l'abbatiale occupe une place déterminante dans la perception paysagère globale du monument. Celle-ci est en effet visible en plongée depuis les collines environnantes. C'est donc aussi un enjeu paysager auquel se rattache ce grand projet.
 
Régis Martin
Architecte en Chef des Monuments Historiques
 
 
 
COÛT D'OPÉRATION
510 000  euros TTC
 
COÛT D'OPÉRATION 2
725 000  euros TTC
 
PRÉVISIONNEL OPÉRATION 3
1 040 000  euros TTC
 
ACHÈVEMENT
972 000  euros TTC
 
 
 
ENTREPRISES
 
VERMOREL - Maçonnerie - Pierre de Taille
CAMBLONG - Couverture plomb
BRENAS – Vitraux
 
 
FINANCEMENTS
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50 %
 
RÉGION LANGUEDOC ROUSSILLON
10 %
 
SCI
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